• Réjane Ferré

4 mythes sur l'allaitement


4 mythes sur l'allaitement maternel, qui vont sûrement être abordés durant vos réunions de famille lors de ces fêtes de fin d'année. L'entourage est généralement plein de bonnes intentions, même s'il peut manquer parfois la manière de dire les choses… Observer la façon de materner nos enfants les renvoie à leurs propres choix… ou non-choix. Il y a longtemps que l'on cherche à substituer les mères, cela s'entend, en cas de décès maternel par exemple. Autrefois il y avait des nourrices, aujourd'hui donner le sein à l'enfant de quelqu'un d'autre est inconcevable pour beaucoup. Il y a quelques décennies, les industriels ont réussi à commercialiser des PCN (préparation commerciale pour nourrisson, du "lait" artificiel) pour la première fois, à coups de publicités mensongères et de pratiques déontologiques honteuses. Des vendeuses en blouse blanche venaient visiter les jeunes mères, des primes étaient données au personnel de maternité si les mamans repartaient avec leur boîte de PCN. Les affiches publicitaires faisaient la guerre à l'allaitement, en déclarant que leurs produits étaient sûrs, et garantissaient une meilleure croissance et une meilleure santé aux enfants, ce qui est évidemment faux. Pas étonnant du coup qu'aujourd'hui les mythes sur l'allaitement soient aussi intégrés dans les consciences.

1) "Tu n'as peut-être pas assez de lait" Ce mythe est très répandu. En réalité, entre 95 et 99% des mères sont physiologiquement capables d'allaiter. Nos voisines des pays nordiques, par exemple, sont 99% à allaiter à la naissance. Elles sont, je pense, constituées comme les françaises. Cependant la promotion et la protection de l'allaitement sont parties intégrantes de la politique de ces pays. L'allaitement est étudié durant la scolarité des enfants au même titre que l'éducation sexuelle. Les professionnels de santé sont formés à l'allaitement Cce qui n'est le cas chez nous. Être professionnel de santé n'est pas un gage de connaissance absolue). La promotion des PCN est interdite. Le 1 à 5% de mères ne pouvant produire suffisamment voir pas du tout de lait regroupe les cas suivants : - Canaux lactifères coupés lors d'une chirurgie mammaire (les chirurgiens font attention autant que possible à ne pas les couper). - Problème de développement de la glande mammaire, dès la vie embryonnaire (agénésie) ou à la puberté (hypoplasie). Une telle anomalie (qu'on peut soupçonner si les seins, déjà petits, ne changent pas du tout de volume en cours de grossesse) est rarissime et, de plus, souvent unilatérale. - Trouble hormonal important (trouble de l'axe hypothalamo-hypophysaire, en général connu avant la grossesse, car il entraîne d'autres troubles endocriniens). D'autres causes possibles du manque de lait incluent : - Une très grande fatigue, un stress, un deuil, une dépression sévère, - Une hémorragie grave en tout début de lactation, - Une rétention placentaire (par persistance des hormones de la grossesse), - Une maladie de la mère : chronique (hypothyroïdie non traitée, diabète non équilibré, anémie sévère) aiguë (en cas de fièvre, il est fréquent qu'on mange et boive peu, ce qui peut entraîner une baisse momentanée de la lactation), - Une alimentation gravement carencée en quantité et/ou en qualité, ce qui est rarement le cas en France, une déshydratation, - La prise de certains médicaments (Parlodel® parfois donné en routine, pilule contraceptive contenant des œstrogènes, Atropine, diurétiques, certaines tisanes...) ; - Une nouvelle grossesse, le retour de couches, les menstruations… Hormis ces très rares cas, la grande majorité des mères produisent bien plus de lait que nécessaire. Lorsque la courbe de poids de l'enfant ralentit ou qu'une perte de poids est observée, c'est souvent parce que l'enfant ne parvient pas à obtenir le lait disponible. C'est généralement dû à des troubles de succion de l'enfant, tels que des freins buccaux restrictifs (peu de professionnels sont en réalité formés à les détecter) et/ou des tensions physiques, dues par exemple à l'accouchement (si les tensions ne s'accompagnent pas toujours de freins restrictifs, l'inverse est généralement le cas). Il peut également s'agir d'une conduite de l'allaitement faussée souvent par des conseils délétères, et qui ne respecte donc pas les besoins de l'enfant. L'allaitement se fait à la demande, même aux premiers signes d'éveil pour les nourrissons. Nul besoin de regarder sa montre ou de régler son allaitement. Pourtant l'on entend encore "ne lui donnez le sein que toutes les 3h", "pas plus de 10min par sein",... Une position incorrecte peut aussi conduire à une mauvaise stimulation et donc à un manque de lait. C'est pourquoi il est important d'être accompagnée lors des débuts de l'allaitement. Peu de mères de la génération précédente ou de l'actuelle ont allaité ou allaitent, l'allaitement est encore tabou, les livres pour enfants sont même réédités pour que Maman Ours n'allaite plus et donne le biberon… Les jeunes mères n'ont donc pas de représentations dont elles peuvent s'imprégner.

2) Pas d'alcool Une mère allaitante qui prend un verre de vin est souvent mal vue. Mais qu'en est-il en réalité ? Le taux d'alcool dans le lait maternel est égal au taux d'alcool dans le sang. Pour, par exemple, une consommation d'un verre d'alcool (peu importe l'alcool, les boissons dont le taux est plus concentré sont généralement servies en plus petites doses), le taux d'alcool dans le sang se porte à environ 0,20g par litre de sang, le taux d'alcool dans le lait maternel est donc de 0,20g par litre de lait (Ce taux peut augmenter en fonction de l’état de santé, du degré de fatigue ou de stress, de la chaleur ambiante mais aussi du tabagisme ou simplement des caractéristiques physiques de la personne). Si l'enfant tète 100ml de lait, il a donc 0,02g d'alcool. Soit moins que dans un fruit trop mûr ou certains sirops pour la toux (dans une seule cuillère à café (5 ml) de Néocodion, sirop pour nourrissons, il y a 88 mg d’alcool soit 0.088 gr d’alcool … soit plus que le taux que prendrait bébé au cours d’une tétée qui serait donnée au moment où le pic alcoolémique serait à son maximum) ! Par ailleurs, le taux d’alcool dans le lait diminue en même temps que dans le sang. La biodisponibilité systémique de l'alcool est moins importante durant l'allaitement, même si cela n'a pas d'incidence sur les effets subjectifs ressentis par la mère. De plus, le taux du pic alcoolémique est plus faible avec une prise de nourriture en parallèle. Les études ont révélé une incidence peu significative sur le développement moteur de l'enfant, lors d'une consommation excessive et régulière de la mère. Les nourrissons ont une capacité métabolique moindre par rapport à des bébés plus âgés, il est donc prudent de limiter l'alcool les premiers mois. Peu d'études existent sur le sujet, pour des raisons évidentes, certaines ont démontré une incidence fort peu significative sur le développement moteur de l'enfant, lors d'une consommation régulière de la mère. Du côté de la mère, l'alcool diminue le taux d'ocytocine et donc le réflexe d'éjection, tout en augmentant la prolactine, hormone responsable de la fabrication du lait, et peut donc causer un engorgement. Le goût ne rebute pas l'enfant, les études ont d'ailleurs démontré que les enfants tétaient de façon plus avide lorsque la mère avait consommé de l'alcool. Comme pour tout un chacun, les excès sont à déconseiller puisque nocifs pour la santé. Ils affectent également les capacités à s'occuper de l'enfant. Par ailleurs, l’attention est diminuée et le sommeil plus profond, il n'est donc pas recommandé de pratiquer le cododo après la prise d’alcool. Mais déconseiller une consommation raisonnable aux mères allaitantes est une contrainte inutile. Il vaut mieux allaiter en buvant un verre de temps en temps que ne pas allaiter du tout.

3) Manger plus pour produire plus Dans les pays en voie de développement où la famine touche souvent les populations, les mères allaitantes produisent suffisamment de lait, et de bonne qualité, du moins jusqu'à ce que la prise de calories par la mère atteigne un seuil faible critique sur une période prolongée. Les autorités de santé précisent d'ailleurs qu'il est plus judicieux d'apporter des solutions pour que les mères s'alimentent plutôt que de fournir des PCN. En effet, la 1ère solution sauve la mère et l'enfant. La 2ème ne sauve que l'enfant, et ce dans le cas où de l'eau potable est accessible… Il n'est pas rare d'ailleurs que les parents diminuent les doses de PCN dans les biberons pour faire durer les boîtes plus longtemps, puisqu'elles ont un coût quand les aides alimentaires ne sont pas dispensées aux familles… En France, l'accès à l'alimentation et à l'eau potable ne pose normalement pas de soucis. Certaines mères pensent que manger moins bien (alimentation de moindre qualité ou quantité) va impacter la qualité de leur lait. Que nenni, cela n'aura aucune incidence, l'enfant prend ce dont il a besoin, quitte à se servir dans les réserves de sa mère. Nul besoin de consommer 500 calories supplémentaires. Un certain nombre de femmes mangent plus quand elles allaitent, mais d’autres non, et certaines même mangent moins, sans que cela ait de conséquences sur la santé de mère, celle de l’enfant ou sur la production de lait. La mère doit s'écouter et manger, de façon équilibrée en se fiant à son appétit, fait qui d'ailleurs s'applique à tous. Je rappelle qu'une alimentation qui ne serait pas équilibrée, bio etc n'impacte pas la qualité du lait. Le lait maternel sera toujours meilleur que les PCN, quelque soit l'hygiène de vie de la mère. Boire de l'eau doit également se faire à satiété, sans se soucier de la quantité. Les règles alimentaires ne font que compliquer l’allaitement inutilement. Boire du lait de vache pour produire plus de lait est également un non-sens. Il ne me semble pas que la vache boive du lait, de n'importe quel mammifère, pour produire son lait. Le corps n'est d'ailleurs pas adapté pour boire du lait après le sevrage naturel (qui intervient entre 2 ans et demi et 7 ans environ). Il est conseillé de boire du lait de vache, qui serait source de calcium, et offrirait une protection contre l'ostéoporose. En vérité, certains aliments sont une meilleure source de calcium, plus assimilables par l'organisme. Et des études ont révélé que le taux d'ostéoporose est corrélé avec la consommation du lait de vache. Les pays qui en consomment peu sont peu touchés par l'ostéoporose et inversement.

4) L'allaitement rend la mère dépendante Tout dépend comment on l'entend… Nourrir son enfant avec des PCN entraîne toute une logistique. Il faut penser à en acheter, ainsi que de l'eau en bouteille, de telle marque, procéder à l'entretien et la stérilisation des biberons (bonjour charge mentale !)... Lorsque l'on sort, il faut trimballer des doses de PCN, des biberons, penser à la conservation. Pas de dîner spontané chez des amis après avoir goûté chez eux si l'on a pas prévu de doses supplémentaires. Il faut également pouvoir faire chauffer les biberons (il est dit actuellement qu'il est inutile de chauffer, pourtant le lait maternel est lui à température humaine, et les PCN étant déjà peu digestes, les donner à température ambiante n'arrangent rien). Les réveils nocturnes sont également plus compliqués à gérer, le temps de préparation se rajoutant au temps d'endormissement, qui ne bénéficie pas des hormones de l'allaitement. Allaiter permet de ne pas dépendre des lobbies. En effet, des pénuries peuvent arriver, comme lors du premier confinement en 2020. Par ailleurs, les industriels changent parfois les formules. Les parents d'enfants allergiques notamment aux protéines de lait de vache (une éviction des PLV du régime alimentaire de la mère lui permet d'allaiter sans soucis) peuvent en faire les frais. Le risque sanitaire est présent lorsqu'on n'allaite pas. De nombreux scandales ont éclaté ces dernières années : des vers, des souris, de l'aluminium, des salmonelles etc ont été retrouvés dans des boîtes. Si donner le biberon semble donner une certaine liberté à la mère, qui peut alors sortir sans son enfant, allaiter peut être une façon de reprendre le pouvoir. Sur son corps, sur ses capacités à nourrir son enfant, sur ses forces. La femme est capable de donner la vie, de nourrir son enfant. Elle ne dépend de personne. Si la mère ressent le besoin instinctif de materner son enfant, elle peut le faire. La société actuelle est motivée par la production et le profit. Si nous prenons le temps de ralentir pour ce qui compte vraiment pour nous, nous sommes considérés comme oisifs. Il suffit de constater les jugements établis lorsqu'un salarié arrive en retard, ou attend devant la porte l'heure de la débauche. Alors qu'il aura peut-être été plus productif que d'autres personnes faisant des heures supplémentaires … Est-ce donc vraiment la liberté que de devoir déposer son bébé de 10 semaines à une inconnue pour aller travailler ? Le problème ne résiderait-il pas plus dans l'épuisement des jeunes parents qui se retrouvent isolés quand autrefois la famille comportait un sens plus large. Aujourd'hui les grands-parents travaillent tard, la majorité des femmes travaillent également. Le congé paternité est encore dérisoire. La jeune mère se retrouve rapidement seule, et son logement doit être bien tenu, après tout elle n'a que ça à faire …

Doit-on alors encourager la mère à ne pas allaiter, afin qu'elle puisse déléguer ce moment avec son bébé, ou prendre en charge une partie de la charge mentale du foyer ? Doit-on faire fi du besoin de connexion du tout petit avec ses figures d'attachement, lien qui lui permet pourtant un développement global optimal ? Alors même que le non-allaitement est un facteur de risque de dépression post-partum…

 

Voici donc 4 mythes sur l'allaitement maternel qui méritent d'être démontés en cette période de fêtes. L'information est une arme. Un choix n'est un choix que s'il est fait en conscience. Chacun fait de son mieux avec les cartes de l'instant, mes propos ne sont pas une insulte envers les mères qui ne souhaitent pas allaiter. Mon but est seulement de permettre à chaque mère d'être libres, en ayant la possibilité de faire leurs choix en connaissance de cause et en ne remettant pas ces choix à d'autres personnes (les industriels, les professionnels de santé…) mais bien à elles-mêmes. Il faut savoir que la promotion de l'allaitement est également bénéfique aux enfants non-allaités, puisque cela pousse les industriels à améliorer la qualité de leurs produits.



Vous avez déjà entendu ces mythes ? Vous en connaissez d'autres ?


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