• Réjane Ferré

L'allaitement, mon expérience

Il était évident que mon premier article porterait sur l'allaitement 🤱. C'est une part de ma vie très importante, celle qui a lancé la remise en question de tout ce que je pensais savoir. C'est un véritable sujet de santé publique, sur lequel je m'informe depuis la naissance de Riri il y a 7 ans et pour lequel j'ai développé une véritable passion. Je suis même devenue marraine de l'association L'Or Blanc, réseau de soutien à l'allaitement maternel, référente de mon département. J'ai toujours su que je voulais allaiter. Je ne me suis jamais posée de questions, j'allais mettre bébé au sein et voilà. Finalement, ça s'est avéré un peu plus compliqué que ça 😅. L'allaitement, une norme physiologique, mais pas sociétale... L'allaitement n'est pas le problème, c'est la norme physiologique de notre espèce. Non le problème c'est que la société actuelle est totalement déconnectée de ce que nous sommes réellement : des mammifères, dont les bébés doivent être portés, pour qui la proximité est primordiale pour leur développement. On nous pousse à faire de nos enfants des nidicoles, qui attendent sagement et sans bruit dans leur nid le retour de leurs parents. Parce qu'on n'a plus le temps d'être disponible pour notre famille, il faut travailler, il paraît que c'est la liberté. Alors quand je suis devenue mère, j'ai pris la réalité en pleine face. Un bébé a des besoins que je n'avais pas imaginés. Loin de l'image que l'on a des bébés, nourris toutes les 4h et couchés dans leur chambre. J'ai découvert la nuit de Java, J2 après la naissance de Riri, alors même que je me remettais de ma césarienne et que je faisais le deuil de l'accouchement naturel dont j'avais rêvé. Cette nuit-là a vraiment été difficile. La nuit de Java, c'est le nom qu'on donne à généralement la 2e nuit post naissance. Mais ça évidemment je ne l'ai appris que bien plus tard. Les premières 24h, bébé émerge, il se remet de la naissance, qui est une épreuve pour lui aussi. Il dort beaucoup, ne capte pas trop ce qui se passe. Le deuxième jour, les visites, les lumières, le bruit, les odeurs, toutes ces stimulations vont faire peur au bébé, qui a donc besoin d'être rassuré, et ce, au sein, puisque la succion permet de produire des hormones apaisantes. De plus, il stimule la lactation de sa maman, pour faire arriver la montée de lait, après avoir bien profité du colostrum, ce premier lait très riche en anticorps et très nourrissant. Son estomac est de la taille d'une noisette, autant dire qu'il est aberrant de penser qu'il peut tenir de longues heures sans téter, quand il était nourri 24h/24 dans le ventre de sa mère. Le personnel soignant m'avait adjoint de noter sur un tableau les heures et durées des tétées, sur tel ou tel sein. J'ai tout consigné scrupuleusement, quelle prise de tête… De plus il était assez anxiogène de voir ce tableau se noircir si vite. Bébé perd du poids les premiers jours, c'est normal, il baignait dans du liquide amniotique jusque là, il est donc admis qu'il perd environ 7% de son poids de naissance les premiers jours, puis stagne avant de reprendre du poids, et réatteindre son poids de naissance entre 10 et 15 jours de vie. Le personnel soignant tolère une perte de poids de 10% maximum. Riri ayant frôlé ce chiffre, ils ont commencé à me parler de compléments de PCN (Préparations Commerciales pour Nourrissons, autrement dit du lait artificiel). Évidemment il en était hors de question, mais cela a rajouté un stress supplémentaire, un sentiment d'incapacité à nourrir mon enfant, après avoir été incapable de l'enfanter normalement. Les 3 premiers jours, j'avais la larme facile… Aujourd'hui je sais que le frein de langue de Riri était restrictif, et qu'il était en plus Aplv, ce qui le faisait régurgiter, et le rendait douloureux, le poussant à téter +++. Allaiter en public... Je me demandais comment j'allais faire pour allaiter devant les hommes de ma famille. Mes parents m'avaient inculqué la pudeur, la société que les seins sont sexuels. Pourtant cela s'est fait très naturellement lorsque nos proches sont venus nous rendre visite à la maternité. J'avoue avoir toujours une petite appréhension quand j'allaite devant quelqu'un, même après 7 ans, je m'attends souvent à recevoir une remarque ou un regard jugeant, comme je peux lire régulièrement des mères témoigner en avoir fait l'expérience. Mais je continue mon chemin, je sais que je fais ce qu'il y a de mieux, que c'est normal, et que c'est le regard des gens qui est biaisé. Je n'ai jamais acheté de vêtements spécial allaitement, ni de châle pour nous cacher. Mangeriez-vous sous un lange, vous ? Un débardeur que je baisse, sous un haut que je remonte, fait très bien l'affaire. J'ai compris une chose : on chante en public, on fait un discours en public, on recherche l'attention d'un public. Allaiter, c'est juste nourrir son enfant. Personne ne nous juge de boire en terrasse, de manger dans un lieu public tel qu'un restaurant. Et bien là c'est pareil. Ha oui mais là on parle d'un sein. Et alors ? La première fonction d'un sein c'est de nourrir un ou des enfants. Le reste c'est du bonus. Les seins ne sont pas des organes génitaux, ils sont juste une partie du corps comme une autre. Le galbe d'une jambe, la douceur d'une épaule décolletée, une nuque mise en valeur par une coiffure relevée, sont tant de choses aussi sensuelles qu'un sein. Pourtant personne ne s'en offense. Les seins ne sont pas les seules parties qui peuvent exciter, rassurez-moi ! La bouche, les mains, sont également parties prenantes de la sexualité, mais on ne les cache pas. Par ailleurs, beaucoup de femmes s'insurgent de voir une mère allaiter, parce que leurs maris pourraient la voir, ou leurs enfants. Un homme qui serait excité à la vue d'un enfant qui se nourrit, ne serait-il pas plus problématique que cette mère et son enfant 🧐 ? Et les enfants de ces femmes, pourquoi seraient-ils choqués ? Ne savent-ils pas comment les bébés sont nourris ? Pourquoi donc ne le savent-ils pas ? Pourquoi demande-t-on à un jeune enfant de différer ses besoins, pour préserver l'hypocrite pudeur de personnes adultes qui ont pourtant la formidable capacité de tourner la tête de l'autre côté quand ils passent devant un sdf ou une agression ? Ces réactions ne seraient-elles pas inconsciemment dues à un sentiment de culpabilité ? L'allaitement, c'est comment ? Loin de l'idée que l'on a d'une vie réglée et des biberons ou tétées à heures fixes, un allaitement optimal se fait à la demande, aux signes d'éveil les premiers temps. En gros, dès que bébé bouge un cil, ça doit être notre première réponse. S'il n'en veut pas, il le fera savoir, on ne peut pas forcer un enfant à téter, il ne peut pas trop téter. L'allaitement est un facteur de protection contre l'obésité. Les courbes du carnet de santé se basent sur la croissance des enfants nourris aux PCN (Préparations Commerciales pour Nourrissons, autrement dit lait artificiel…). Bébé a eu l'habitude d'être tout prêt du cœur de sa mère, au chaud, au calme, nourri en continu. Le faire patienter entre 2 tétées est une torture. Sans compter que la lactation s'adapte à la demande. Les premiers mois permettent de calibrer tout ça, plus bébé tète, plus l'arbre alvéolaire de nos seins va se développer, et lorsque que la lactation passe sur un mode autocrine et ne dépend plus uniquement des hormones, la qualité du développement de cet arbre alvéolaire sera primordiale pour la poursuite de l'allaitement. Après le retour de la maternité, les jours ont passé. J'ai découvert un pan de Facebook que je n'avais jamais exploité, les groupes ! Et donc les groupes de soutien à l'allaitement. Alors que mon entourage me poussait à tirer mon lait pour que Robin puisse prendre des biberons, avec son père, avec ses mamies, j'ai découvert la notion de confusion sein tétine, j'ai donc viré les biberons que j'avais pu acheter. J'y reviendrais dans un prochain article. Quand l'allaitement est compliqué Riri a été un bébé très grognon les premiers jours, il régurgitait beaucoup, et tétait beaucoup également, pour soulager la douleur de ce que je sais être un reflux. Il était également couvert d'eczéma, notamment sur les jambes. J'ai entendu parler de l'allergie aux PLV (protéines de lait de vache), et les ai supprimés de mon alimentation. Nous avons découvert un nouveau bébé, joyeux et gazouillant. Pourtant, lorsque j'ai expliqué cela à un premier pédiatre, ainsi qu'à la sage-femme qui suivait ma rééducation périnéale (il ne m'a pas été prescrit de rééducation abdominale, puisque je n'avais pas accouché normalement, je n'avais apparemment pas porté de bébé durant 9 mois non plus…aujourd'hui je sais qu'elle est nécessaire, césarienne ou non) , ils ont tous les deux été surpris de ma démarche, n'en comprenant pas l'intérêt, croyant même que je donnais des produits laitiers directement à mon bébé… Une éviction des PLV est bien plus stricte que ce que j'ai pu faire alors, on en trouve partout, mais mon niveau de connaissances du sujet s'arrêtait là, et l'amélioration des symptômes avait été radicale. J'ai eu des crevasses les premiers jours. Je savais qu'une sensibilité pouvait se faire sentir les premiers jours, le temps de se faire à une telle stimulation. Mais l'allaitement n'est pas sensé faire souffrir. Si tel est le cas, il faut en trouver la cause, et non proposer le sacro-saint biberon en solution miracle. Il peut s'agir d'une mauvaise position, qui donc peut se corriger facilement. Des freins buccaux restrictifs et/ou des tensions physiques peuvent également justifier ces douleurs, et se résoudre avec l'aide de professionnels compétents et formés, réellement. Nombre de professionnels vont regarder la bouche de bébé et passer à côté de freins trop courts malheureusement. Ici il m'a fallu 5 ans pour être entendue, par une chiropractrice qui a été géniale, et 7 pour trouver un pédodentiste pouvant les couper. (il ne suffit pas d'un coup de ciseaux à la maternité, il est important d'être suivi par une équipe pluridisciplinaire, afin de soigner les tensions, et d'accompagner la maman). Je précise que les freins restrictifs peuvent avoir des conséquences à long terme, sur le langage, l'alimentation, la digestion, la posture, et que les couper peut être judicieux même si bébé n'est pas allaité. Par ailleurs, cela va dépendre des symptômes, on ne coupe pas par prévention, cela reste une intervention. Pour en revenir à mes crevasses, j'avais fait le plein de lanoline (pas compatible avec une éviction des PLV). Et j'avais acheté des bouts de seins en silicone. J'ai trouvé cela tellement peu pratique que je les ai rapidement jetés. Maintenant je sais qu'ils n'étaient pas une solution, et qu'ils pouvaient au contraire aggraver la situation. J'entends bien que de façon ponctuelle, avant de rencontrer un professionnel tel qu'un chiropracteur ou autre, cela peut sauver un allaitement. Mais leur utilisation ne doit pas être systématique, et très limitée. L'allaitement, ça dure combien de temps ? J'ai démissionné de la gendarmerie à la fin de mon congé maternité, il m'était inconcevable de laisser mon tout petit enfant. J'ai conscience de la chance que j'ai eu de pouvoir le faire. Aucune mère ne devrait être arrachée de force à son bébé de 10 semaines. J'ai commencé à allaiter sans savoir combien de temps ça durerait, je ne m'étais jamais posée la question je crois. Les mois se sont succédés, je repoussais toujours plus le moment du sevrage, tout se passait bien alors pourquoi sevrer 🤷‍♀️. Puis j'ai découvert la notion de sevrage naturel, qui a lieu entre 2 ans et demi et 7 ans. J'ai décidé de nous laisser porter, en priant quand même pour que Riri se sèvre vers 3 ans, je trouvais que passé cet âge cela faisait grand 😅 Puis Fifi est arrivé, il n'était pas question que je sèvre Riri alors qu'un petit bébé allait lui voler sa maman. Donc a commencé l'aventure du co-allaitement, qui n'est pas de tout repos les premiers mois 😅. Nous en parlerons dans un prochain article. Aujourd'hui Riri a 7 ans, il tète toujours, pas tous les jours. Fifi va avoir 5 ans, il tète depuis peu 1 à 2 fois par jour, je désespérais qu'il se calme un jour 😂 Et Loulou a 2 ans, un âge où le fait qu'il soit toujours allaité choque déjà 😅. Quand je mentionne que j'allaite mon fils de 2 ans, à la pharmacie ou chez un professionnel de santé, pour par exemple m'assurer de la compatibilité d'un traitement (quel étonnement de découvrir que peu connaissent le CRAT, une base de données dédiée à la compatibilité des traitements médicaux avec une grossesse ou un allaitement), j'ai presque toujours des réponses surprises de mes interlocuteurs, avec des questions qui tiennent du mythe "mais il n'en a plus besoin", "vous avez encore du lait 😲 ?!" "oh mais il ne tète que matin et soir sûrement ? Pour le plaisir… ". Et non, être professionnel de santé ne garantit pas d'être formé à l'allaitement… chacun sa spécialité 😉 L'OMS stipule que l'allaitement doit être exclusif durant les 6 premiers mois, puis durer jusqu'à 2 ans minimum, en parallèle d'une alimentation solide, et se poursuive aussi longtemps que la mère et l'enfant le souhaitent. Les anthropologues ont démontré que nous sommes proches des primates, et en faisant le prorata de la durée de gestation / allaitement, ils ont découvert que l'âge du sevrage naturel de l'être humain intervient entre 2 ans et demi et 7 ans environ.

Oui l'allaitement prend une grande part dans ma vie, non pas parce que je n'ai pas de vie, non pas parce qu'au moins ça me donne un but, pauvre mère au foyer que je suis (choses que j'ai pu entendre) mais bien parce que j'ai découvert l'importance de l'allaitement, le pouvoir des lobbies. Pour moi l'allaitement n'est pas un asservissement de la femme, mais au contraire une façon de reprendre le pouvoir sur son corps, dans une société où les professionnels de santé infantilisent les femmes, et décident à leur place, les privant de leurs capacités à enfanter et à nourrir leurs enfants. L'allaitement est une question de santé publique, les méfaits des PCN se sont plus à prouver, maintes études et maints scandales l'ont démontré. Cependant la croyance populaire est difficile à éteindre, encore plus le sentiment de culpabilité que cela entraîne et qu'on refoule. L'allaitement est un droit, tant pour l'enfant et la mère. Le choix éclairé est un droit. Je ne suis pas pour l'allaitement à tout prix (enfin si un peu 🤫😅), je suis pour le respect des droits et libertés, pour que chaque mère, chaque parent puisse faire son choix en conscience, en ayant connaissance de toutes les possibilités et conséquences.

Réjane


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