• Réjane Ferré

La naissance de Riri, une issue pas prévue

Le mois d'avril qui vient de se terminer était le mois de sensibilisation à la césarienne. Quoi de mieux pour vous raconter la naissance de Riri, notre premier enfant.



Ma préparation à l'accouchement


Lorsque nous avons conçu Riri, je savais que je voulais accoucher de façon physiologique, c'est-à-dire sans analgésie. J'ai lu des livres achetés en solderie qui expliquaient dans les grandes lignes le déroulement d'un accouchement. J'ai également écouté avec assiduité les cours de préparation à l'accouchement dispensés par ma sage-femme de l'époque, qui à vrai dire, étaient aussi scolaires que les livres que j'avais pu lire alors. J'ai suivi attentivement le cours sur l'allaitement, beaucoup moins celui sur la césarienne, qu'une des mamans de mon groupe allait pourtant avoir. Cela n'était pas une option, je me sentais invincible, moi-même pourtant née par césarienne. Ma mère avait eu ce qu'on appelle un placenta praevia, c'est-à-dire un placenta qui s'accroche trop bas dans l'utérus. Ma grossesse n'était pas à risque, à part les vomissements et les contractions, qui n'avaient pas d'effets sur le col, j'allais bien, je n'avais pas de craintes.

Il était également possible d'assister à des séances de piscine en groupe avec ma sage-femme. Cela m'a fait du bien d'avoir une activité physique, tout en me sentant légère et détendue. Mais alors quelle torture, quand au fil des semaines, les mamans les plus avancées dans leur grossesse ne revenaient pas, puisqu'elles avaient accouché durant la semaine écoulée 😅 Je m'étais faite une amie dans le groupe, elle fut la dernière à accoucher avant moi. Elle avait réussi son projet d'accouchement sans péridurale, ce qui me boostait pour ces dernières semaines. Malheureusement elle n'a pas échappé à l'épisiotomie qu'elle redoutait tant, la sage-femme de garde l'ayant empêché d'adopter la position que son corps lui indiquait de prendre, et la forçant à accoucher dans la position classique, le "poulet de Bresse" , tellement confortable pour les soignants, beaucoup moins pour les mamans. Je ne savais pas encore l'importance de la position, le fait que la position classique pouvait ralentir le travail, mais cela me semblait déjà logique que si mon amie avait ressenti le besoin de changer de position, elle aurait dû pouvoir le faire. Heureusement, elle put prendre sa revanche lors de la naissance de son deuxième enfant.



Les choses sérieuses commencent


Les dernières semaines étaient donc pleines de suspense. Entre l'entourage qui était aussi impatient que nous, et moi qui étais sur le point d'exploser, les jours semblaient interminables. Chaque faux-travail (contractions régulières mais inefficaces) m'emplissait de joie, puis de déception.

Un lundi, je me rendais à mon cours de piscine habituelle, j'étais donc la maman la plus proche de mon terme (J-5 😅). Ma sage-femme me proposa de venir à son cabinet à l'issue de la séance. Ma tension commençait à monter, j'étais pleine d'oedèmes, comme elle me dit après l'accouchement, mes yeux commençaient à disparaître derrière mes joues 😂. Elle examina mon col, qui était toujours ouvert à 1 comme depuis plusieurs semaines. Elle me proposa un décollement des membranes, que la sage-femme de l'hôpital avait fait quelques jours plus tôt sans succès. J'acceptais, malgré que ce n'est clairement pas agréable, voir douloureux, et je le sais aujourd'hui, plutôt néfaste, hors cas particuliers. Elle annonça ne pas avoir réussi,et je rentrai chez moi, pleine d'espoir malgré tout.

Le soir, alors que nous étions couchés Papa Ours et moi, j'eu le sentiment d'être humide. Je me levais à plusieurs reprises pour vérifier une éventuelle fissure de la poche des eaux, ce qui fut peu concluant. Je cherchais sur internet comment m'assurer qu'il se passait bien quelque chose. Je finis par me rendre à l'évidence, je me faisais des films, ce n'était encore une fois pas pour tout de suite, il valait mieux que je dorme tant que je le pouvais. Par acquis de conscience, je décidais de me lever une dernière fois, afin d'appliquer un conseil que je venais de lire, qui était de faire des mouvements, tels que des flexions (dans la mesure du possible 😂), qui auraient eu comme effet de confirmer une fissure si c'était bien le cas. Bien m'a pris de me lever à ce moment-là, puisqu'à peine les pieds au sol, j'entendais un petit ploc, et me retrouvais dans une flaque d'eau. Bon bah… je n'étais pas folle… et ça y est, c'était parti ! Je réveillais Papa Ours, qui râla "tu abuses, je venais de m'endormir" 😅. Il se leva aussitôt, et chargea dans la voiture les dernières affaires, alors que j'étais toujours debout au-dessus de ma flaque, sidérée de joie 😅 j'appellais mes parents pour les prévenir comme convenu, tentais de les dissuader de venir, puisque je n'avais pas de contractions, qu'il était quasiment minuit, et que ça pouvait être long. Bien évidemment ce fut en vain… Je partis prendre une douche rapide, puis nous nous sommes rendus à la maternité.



L'arrivée à la maternité


Nous avons été accueillis par une équipe très agréable, puis j'ai été auscultée, col toujours à 1, pas de contractions. Puisque j'avais perdu les eaux, je n'ai pas eu le droit de rentrer chez moi. Aujourd'hui je sais que cette interdiction n'est pas justifiée. Nous avons donc été placés en chambre, où un lit escamotable était destiné à l'accompagnant. Il devait être 2 ou 3h, la nuit fut courte.

La journée du lendemain s'en est suivie, sans la moindre contraction, malgré nos allers-retours dans les couloirs et escaliers de l'hôpital pour lancer le travail. Un déclenchement à donc été programmé pour le lendemain matin, dans l'éventualité où la situation n'aurait pas évolué.



Enfin, le travail se lance… ou pas


Vers 3h du matin, je fus réveillée par une envie d'aller à la selle. Je me lève donc, en vain. 10 minutes plus tard, l'envie me reprend, toujours pour rien. Puis 10 minutes à nouveau… je commence à réaliser que le travail se lance. Je patiente tant que je peux pour éviter de réveiller Papa Ours, puis je finis par ressentir le besoin d'aller marcher, je lui demande donc de m'accompagner. À chaque contraction je m'accroche à lui, ou aux barres qui longent le couloir, Papa Ours derrière moi, faisant pression sur mon bassin. Nous rentrons en chambre en fin de nuit.

Lorsque la sage-femme vient faire son tour de garde, elle m'ausculte, le col n'a pas bougé (ou peut-être à 2 je ne sais plus). Mais le déclenchement est annulé au vu de mes contractions. Celles-ci vont rythmer notre matinée. Mes parents arrivent peu de temps après. Mon père finit par se sentir mal de me voir souffrir et sort de la chambre… Je tente de déjeuner, j'avale une madeleine… que je vomis. Je commence à perdre pied, cela fait déjà plusieurs heures, le col ne se dilate pas, pourtant je douille, et aucune position, ni le ballon, ne me soulagent ! Et bien sûr je n'ai pas le droit à la baignoire puisque j'ai perdu les eaux. Une nouvelle sage-femme vient, celle de la journée, pas vraiment commode… mon projet d'accouchement physiologique ne semble guère l'enchanter, elle n'a pas l'air d'être vraiment disponible. Elle m'injecte un produit en intramusculaire, qui me permet de dormir entre les contractions, c'est miraculeux ! Malgré tout, je finis par craquer et réclamer la péridurale, faisant fi de mon projet. Il est 13h, cela fait 10h que les contractions ont commencé, 2 nuits que je n'ai pas dormi, et je suis à peine à 3cm, je suis incapable de continuer. Tant pis pour la salle nature, son grand lit double, le tabouret, les lianes… je suis emmenée sur un fauteuil en salle de travail classique, beaucoup moins accueillante. Papa Ours n'a pas le droit de rester avec moi durant la pose de la péridurale. L'anesthésiste arrive et me demande de faire le dos rond. Une contraction m'empêche d'obtempérer, et l'anesthésiste se met à râler "non mais elle veut pas faire le dos rond, elle veut pas faire le dos rond hein ! ". Décidément, si ça gêne que j'ai mal, dites-le moi, je m'arrangerai 🤦‍♀️La péri posée, je comate de longues heures, Papa Ours et ma mère se relayent pour me tenir compagnie. Je ne cesse d'appuyer sur le bouton permettant de doser la péri.

Ma mère commence à prendre à parti les soignantes qu'elle croise dans le couloir "ce n'est pas normal que ça se passe comme ça, il y a quelque chose qui ne va pas, je le sais j'ai eu deux enfants". Je ne suis pas sûre que ça ait plaidé en ma faveur 😬.



Le coup de massueavant le coup de foudre !


La sage-femme m'annonce que le gynécologue va venir me voir, afin de décider si une césarienne est nécessaire. Le coup de massue ! Cette option que je n'avais jamais envisagée, je suis obligée de l'accueillir en très peu de temps. La sage-femme poursuit, si le gynécologue décide une césarienne, ils me prépareront pour m'emmener au bloc. Soit, j'attends la visite du gynécologue, mêlée entre espoir et résignation… La sage-femme revient plus tard, et commence à s'affairer autour de moi. Mon mari lui demande ce qui se passe, elle lui répond avec condescendance qu'elle me prépare pour la césarienne. Énervée par son ton hautain, je lui signale que ce n'est pas la peine de se moquer, qu'on attendait le gynécologue ! Si mes souvenirs sont bons, car j'étais dans le coltard, une sonde urinaire est posée, mes jambes sont bandées. Je suis emmenée au bloc, mon mari lui va s'habiller pour me rejoindre, car par chance, ici on peut être accompagnée durant l'opération. Je me retrouve donc dans un bloc froid, nue, à la vue de plusieurs inconnus, effrayée, seule malgré le monde. Une élève sage-femme est présente, elle est adorable. Mon mari finit par arriver, disparaissant sous tout un équipement, charlotte, blouse, pantalon, surchaussures. Ils avaient failli l'oublier dans un coin… Un champ est installé, on me fait une rachi anesthésie, on me met des tuyaux dans le nez, l'air que je respire est frais, montagnard. J'ai les bras en croix, mon mari et l'élève sage-femme me flattent le visage, les mains, me rassurent. Je tremble comme une feuille, un effet secondaire du produit me dit-on. Puis l'opération commence. Je ne ressens pas de douleurs, mais je sens qu'on me déchire en deux, que tout s'écarte, c'est assez intense comme sensation malgré tout. Nous sommes le mercredi 5 février 2014, il est 19h25. Nous entendons notre bébé pleurer, puis on le pose sur ma poitrine. Je croise son regard profond, je tombe amoureuse aussitôt 😍. Riri attrape mon sein, une nouvelle aventure commence 🥰🤱. Je suis recousu avec des agrafes durant ce temps, je ne capte pas trop, je ne vois que mon bébé. La sage-femme disparaît, nous ne l'avons jamais revu. L'élève sage-femme elle, vient d'assister à son premier accouchement, sa première césarienne, elle en a pleuré d'émotion, c'est touchant 🥰.



Les premières heures après la césarienne


Par chance, il est 20h passés, les salles de réveil sont fermées, je suis donc ramenée en salle de travail, où je vais pouvoir retrouver mon mari parti avec notre fils, au lieu de passer les 2h suivantes seule comme c'est normalement le cas en salle de réveil. Les premiers soins seront donnés ici, dans la pièce d'à côté, avec Papa Ours. Puis il me tend Riri. L'envie de vomir me prend, je lui murmure de prendre le bébé, juste à temps 😅 mes draps sont changés. Les 2h de surveillance passées, nous retournons en chambre, où attendent mes parents, et leurs cousins, que je considère comme mes grands-parents. Ils ont déjà rencontré Riri, lorsque je remontais en salle de travail. Ils viennent me féliciter puis rentrent, il est tard, et nous avons besoin de nous reposer. Je n'ai pas mangé depuis la veille, et il me faut encore attendre le lendemain matin. La première nuit est assez calme, bébé récupère, il ne capte pas trop encore ce qui vient de se passer… le discours changera la nuit suivante ! Les sages-femmes ou Papa Ours me tendent Riri quand il veut téter, car je suis incapable de bouger. Le lendemain on me demandera de me lever, pour éviter une phlébite. Je reçois des piqûres dans le ventre dans le même but. Je suis pliée en deux, il faudra encore plusieurs jours pour marcher normalement. On me demande si j'ai des gaz, je trouve la question très gênante, je ne sais pas si le fait d'en avoir est ou non une bonne chose 😅 on m'explique que ça sera le signe que le transit se remet en route, après qu'ils aient été trifouiller là-dedans.



Comment je l'ai vécu… et comment le vivre autrement !


Nous ne saurons jamais pourquoi nous en sommes arrivés à cette césarienne, est-ce que la tête de Riri était mal placée, est-ce que quelque chose gênait, est-ce si j'avais tenu encore sans prendre la péridurale (qui contribue souvent à ralentir le travail) etc … tant de questions qui resteront sans réponses. Une chose est sûre, j'ai très mal vécu la situation, partagée entre le bonheur de serrer mon bébé dans les bras, et le sentiment d'échec d'avoir raté mon projet d'accouchement, de ne pas m'être préparée à cette éventualité. Les premiers jours, les larmes étaient dures à retenir, le baby blues qu'ils appellent ça. C'est un événement qui a marqué la naissance de notre deuxième enfant, pour lequel pourtant j'ai pris ma revanche. Mais ça, je vous le raconterai dans un prochain article 😉.

Aujourd'hui, je sais qu'il est possible de vivre sa césarienne différemment. Déjà en gardant dans un coin de sa tête tous les scénarios possibles. Il ne faut bien sûr pas focaliser dessus, il est important de rester positive et confiante, mais tout de même, envisager la possibilité de toutes les options aide à être moins prise au dépourvue. Comme lorsque pour nous rendre à un rdv, nous devons emprunter une route inconnue. Afin d'arriver à destination, nous envisageons la possibilité d'être retardés par un tracteur, un accident, des travaux, une déviation…

Certains rares établissements pratiquent lorsqu'elles sont programmées, des césariennes respectées, "naturelles", ... humanisées : une lumière tamisée, une petite musique, la présence du conjoint (ce qui n'est pas le cas partout), le champ baissé pour voir bébé naître, la possibilité de pousser lors des contractions en s'aidant d'un sifflet, le winner flow, pour lequel un apprentissage est nécessaire en amont (cela demande également une certaine formation des soignants, puisque l'anesthésie sera dosée différemment, il n'y aura pas besoin d'appuyer fortement sur le ventre, abîmant les muscles au passage…) . Pas de séparation avec le bébé, peau à peau, mise au sein… tout cela peut être demandé dans son projet de naissance. Il semble que les mamans se remettent plus vite d'une césarienne programmée respectée,que ce soit physiquement ou mentalement.


Aujourd'hui, je suis triste que Riri ne soit pas né par voie basse, puisqu'il s'agit d'un processus qui a son importance. Le passage dans le canal vaginal met l'enfant en contact avec la flore vaginale de la maman, ce qui est très bon pour le microbiote de l'enfant (il est possible en cas de césarienne d'introduire une compresse dans le vagin de la mère, puis de la passer dans la bouche et sur le visage du bébé). Le passage par le canal vaginal fait également pression sur plusieurs zones de la tête du bébé, ce qui peut éviter des tensions physiques. Je ne saurai trop conseiller de rencontrer un chiropracteur pédiatrique rapidement.

La naissance par voie basse, et encore plus de façon physiologique, contribue également à l'attachement de la mère pour son enfant, il s'agit d'une question d'hormones. Bien évidemment, j'aime Riri plus que tout au monde, et autant que ses frères, mais c'est un fait, qui peut expliquer parfois les difficultés d'attachement d'une maman, puisque le processus hormonal aura été perturbé.



Je terminerai cet article en rappelant à tous ceux qui peuvent en douter, qu'une mère qui enfante par césarienne, est tout aussi mère qu'une autre, qu'elle est tout aussi méritante, qu'elle a aussi donné la vie, qu'elle a accouché au même titre qu'une maman accouchant par voie basse. La compétition n'a pas sa place dans la maternité, dans la parentalité. Chaque mère, chaque parent, a besoin de soutien, de bienveillance, et de respect.



Merci de m'avoir lu, n'hésitez pas à me laisser un commentaire, ou à partager si vous avez aimé ce récit 🥰.



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