• Réjane Ferré

La naissance express de Loulou

Après la naissance de Fifi, Papa Ours pense que 2 enfants c'est suffisant. Moi je voudrais bien un petit 3e mais pas aussitôt, déjà 2 ans de différence entre les deux premiers ça fait du boulot. Finalement en 2018, alors que j'ai eu mon retour de couche en février après 22 mois (merci le co-allaitement!), l'envie me titille. J'en parle à Papa Ours qui ne met pas très longtemps à se laisser convaincre. Nous commençons donc les essais en juillet et bébé s'installe aussitôt.


Je cherche alors une sage-femme formée à la sophrologie. J'ai beaucoup aimé le suivi en haptonomie de ma précédente grossesse mais je trouvais que ce n'était pas suffisant, et là j'avais vraiment l'intention de vivre mon projet de naissance sans péridurale, sans subir, forte de la naissance de Fifi. Cette sage-femme m'a suivi tout au long de la grossesse. J'ai assisté aux cours de préparation à l'accouchement avec deux autres mamans multipares également (qui ont donc déjà eu au moins une grossesse) mais qui n'avaient pas de projet d'enfantement physiologique. Il n'empêche que péridurale ou non, l'approche de la sophrologie aide beaucoup à vivre un accouchement serein. Lors de nos séances, nous avons donc fait de la méditation, de la relaxation, de la visualisation. Je me rappelle notamment de l'analogie suivante : je suis emportée dans une rivière, le courant est calme, je me sens bien, détendue. Puis le courant s'accélère, il y a des cascades, de plus en plus grosses. Je vois la rive à l'horizon. J'ai deux solutions : soit je tente de remonter à contre-courant, ce qui implique de la difficulté et de la souffrance, soit j'accepte la situation, et je me laisse porter par le courant, pour enfin atteindre la rive, calme. Nous avons également revu les positions que l'on peut adopter durant le travail et l'accouchement (et oui, être sur le dos n'est pas une obligation, et est même carrément délétère, sauf si la mère en ressent le besoin) : suspendue à une liane, à son conjoint, à quatre pattes, sur le côté ect. Nous avons aussi travaillé sur la poussée. J'étais prête, je me répétais que j'adorerais mon accouchement, je le visualisais, je savais qu'il serait rapide, qu'il se passerait très bien. Nous vivions en camping-car à ce moment-là, donc un projet de naissance à domicile n'était pas envisageable, avec les deux grands enfants à côté. Nous avons donc prévu à nouveau la naissance de bébé 3 à la maternité de la clinique où était né Fifi. Le terme était prévu pour le 1er avril. Fifi était né 10 jours plus tôt, je commençais donc à surveiller tous les signes mi-mars. Mes proches, mon entourage, en regardant mon ventre, me disaient que ce n'était pas pour tout de suite, mon ventre étant encore très haut. Ils faisaient également des pronostics sur le sexe de bébé que nous avions gardé secret. Papa ours connaissait le sexe car il en avait ressenti le besoin, moi je voulais garder la surprise, même si c'était lonnng. Heureusement je pouvais compter sur lui, je savais que même sous la torture il ne me lâcherait pas le morceau.


Le lundi 18 mars, j'emmène Fifi, qui n'est pas encore scolarisé, à l'école de Riri, pour la séance photo avec les fratries. La maîtresse et une autre maman pensent que bébé arrivera pendant les vacances de Pâques. Je n'espère pas, j'ai conscience de l'importance de la durée d'une grossesse, je ne suis pas pour chercher à déclencher le travail plus tôt mais je ne suis pas non plus pour pour qu'il dure plus longtemps et que je dépasse le terme !

Le lendemain dans la nuit, vers 4h, Fifi se réveille pour téter et durant la tétée je commence à ressentir des contractions. Ce n'est pas inhabituel, j'ai toujours contracté tout au long de mes grossesses et les tétées, même si évidemment elles n'ont aucune incidence sur le col, n'arrangent rien. (l'allaitement est tout à fait possible pendant la grossesse, il peut être contre-indiqué lors d'une MAP (menace d'accouchement prématuré) lorsque les rapports sexuels sont aussi interdits).

Les contractions se font ressentir plus fort que d'habitude, toutes les 20 minutes au départ, et puis elles se rapprochent. Il me tarde que Fifi lâche le sein pour pouvoir adopter une position plus confortable. Il finit par se retourner et se rendormir, et moi je me mets à quatre pattes dans le lit, je commence à souffler, ce n'est pas méchant pour le moment mais j'ai quand même besoin de me concentrer. Le réveil sonne vers 7h30 pour emmener Riri à l'école. Papa Ours voit bien que c'est le jour J, il me demande si nous devons partir maintenant à la maternité. Je lui réponds que nous avons largement le temps, pour le moment les contractions ne sont pas très fortes. Je déclare que Riri ira à l'école le matin et que nous aviserons entre midi et deux. Papa Ours n'est pas vraiment d'accord avec moi 😅. Nous prenons le petit-déjeuner, entre-coupé par les contractions bien présentes. Puisque la maternité est à 50 km et qu'il faut emmener les enfants à garder à 80km, Papa Ours parvient à me raisonner, je consens à ne pas emmener Riri à l'école ce matin. Je me mets à faire la vaisselle, je me sens bien, je m'arrête à chaque contraction pour souffler puis je continue à discuter. La vaisselle rangée, mon mari insiste pour que nous partions, et me demande si on s'arrête à la maternité avant d'emmener les enfants chez son frère à 80km donc, ou si on va chez son frère puis ensuite à la maternité. Je penche pour la deuxième solution. Nous nous arrêtons en chemin pour que Papa Ours achète des goûters et de quoi grignoter pour les enfants. À chaque contraction je respire, je visualise mon enfant qui descend dans le col.

Finalement à l'approche de la ville où se trouve la maternité, et qui est sur la route pour aller chez mon beau-frère, je propose d'aller faire contrôler mon col. Le parking est toujours très plein, donc nous nous garons assez loin. Il est en côte donc enceinte jusqu'aux yeux cela demande déjà un gros effort. À chaque contraction je me suspend au cou de mon mari. Les enfants sont avec nous, contents de l'arrivée imminente du bébé. Arrivés dans la clinique, je fais une petite pause pipi et ensuite je me présente à la maternité où on me demande pourquoi je viens. Je réponds que je vais accoucher, ce qui ne transparaît pas au vu de mon état serein.


La sage-femme contrôle mon col, il est ouvert à deux, c'est déjà le double de ce que j'ai pu connaître jusqu'ici lors de mes précédentes arrivées en maternité pour les grands, mais quand même je suis déçue je pensais vraiment que le col serait plus dilaté. Je me dis que ça ne servait à rien d'arriver si tôt, que j'aurai mieux fait de m'écouter et d'attendre cet après-midi. Papa Ours se rend à l'accueil avec les enfants pour m'inscrire. On me pose le monito allongée, même si je sais que je ne supporte pas cette position. Je demande à ce qu'on redresse un peu le dossier. Je finis par rappeler la sage-femme, le dossier redressé ne suffit pas, je dois m'asseoir. Elle me repositionne le monitoring. Assise je gère beaucoup mieux. Elle repart, et revient une demi-heure plus tard analyser les résultats du monito. Les contractions sont effectivement des vraies contractions de travail, je les gère toujours très bien, je discute sans souci entre chacune d'elles. Elle examine à nouveau mon col, qui est à 6 ! Je demande à parler à mon mari, qui arrive donc avec les enfants. Je lui dis d'appeler son frère, afin qu'il vienne chercher les enfants, car il ne va pas pouvoir les lui emmener au vu de l'avancée rapide du travail. J'embrasse mes enfants et ils ressortent. Je demande, puisque pour une fois je n'ai pas perdu les eaux, à pouvoir aller dans la baignoire que j'attends depuis 7 ans 😅. La sage-femme va préparer le bain. Je me dis que je gère vraiment très bien, comparé à l' état où j'étais lors de la naissance de Fifi, où la phase de désespérance, qui normalement arrive vers 7 cm, avait commencé à 3 😅. À 6 cm j'étais au bout de ma vie depuis un moment, j'avais déjà vidé une bonbonne de gaz ! Là je discute, je me sens bien, je respire, je prends les contractions une après l'autre, je me rappelle qu'une contraction a un début et une fin. Je me répète le mantra que ma sage-femme sophrologue m'a appris "oui d'accord", qui aide à accepter et à s'ouvrir.


La sage-femme m'installe un cathéter vide, au cas où. Comme d'habitude je suis très difficile à piquer, cela prend du temps.

Avant d'aller au bain, je bois un verre d'eau et je demande à aller aux toilettes. Je me lève de la table d'auscultation, une contraction me fait perdre les eaux, je suis désolée j'en ai mis partout par terre ! Le fait d'être debout intensifie les contractions, j'arrive à aller aux toilettes, je continue de perdre les eaux partout, je me fond en excuses. Je crois que sur le coup elles n'ont pas vraiment compris ce que je disais 😅. Pour le bain c'est foutu, encore une fois. Dans le couloir pour nous rendre à la salle nature (la salle de naissance réservée aux enfantements physiologiques), je me suspend au cou de l'élève sage-femme. Arrivées dans la salle d'accouchement, elles m'aident à me déshabiller, je suis dans ma bulle, je ne perçois plus rien de l'extérieur, je lève machinalement les bras pour qu'elles m'enlèvent mon haut. Dans la salle de pré-travail je n'avais pas remis mon pantalon, elles m'avaient juste enroulé un drap autour des hanches. Elles m'enfilent donc une blouse, je me couche sur le côté, et je m'accroche aux barres du lit. décidément je n'aurais jamais pu profiter des installations d'une salle nature. L'auxiliaire de puériculture était partie manger donc elle arrive en courant avertie par ses collègues, elle me le racontera plus tard parce que là je suis ailleurs, dans mon monde, je pousse. Elles ont vraiment été surprises de la vitesse de l'arrivée de bébé parce que je gérais tellement bien quelques minutes avant. C'est parti c'est maintenant. Je marmonne que je veux mon mari, malheureusement mon beau-frère n'est toujours pas arrivé, je l'apprendrais plus tard, il s'est trompé de maternité, ce n'est pas comme si j'avais déjà accouché ici pour le deuxième 😂. Ce n'est pas grave, de toute façon je crois que mon mari n'aurait pas vraiment utile, ce n'est plus moi qui décide quoi que ce soit, c'est mon corps, je crie "ça pousse ça brûle" et oui cette fois j'ai senti le cercle de feu, que l'on peut ressentir lorsque la tête de bébé passe. Ce n'était pas très douloureux mais je sais ce que c'est maintenant. Ça a été tellement vite qu'elles ont à peine eu le temps de mettre des gants. Je ne saurai même pas vous dire où était ma jambe droite puisque j'étais couché sur le côté gauche. Est-ce qu'elle a été posée dans un étrier, est-ce qu'elle était tenue par l'auxiliaire de puériculture, je n'en sais rien. Il m'a fallu quelques secondes pour réaliser que bébé était sorti, puis je me suis jetée comme une louve sur mon enfant, je l'ai pris contre moi et je suis tombée amoureuse aussitôt, comme à chaque fois, ses grands yeux bleus foncés, qu'est-ce que cet enfant est beau ❤️.

Nous sommes le 19 mars 2019,il est 13h12.

Mon mari arrive trop tard, tout le monde rigole, son frère est enfin arrivé, il a pris les enfants en charge avec une bonne dizaine de minutes de retard. Papa Ours me demande si j'ai regardé le sexe de bébé, je n'y avais même pas pensé. Je soulève le drap, surprise un troisième petit mec, une belle équipe ! T'es frères vont être fous de toi.


Je tiens à laisser le temps à bébé de venir au sein par lui-même. Mais les choses ne se passent pas comme prévu puisqu'on commence à s'inquiéter sur le fait que mon placenta n'est pas encore sorti. Les protocoles demandent à ce que le placenta sorte dans la demi-heure alors qu'en vérité il pourrait mettre beaucoup plus de temps. L'ambiance était à la rigolade, mais je regrette d'être sortie de ma bulle. Dès que Loulou est sorti, nous avons plaisanté et rigolé, nous sommes revenus à quelque chose de concret et mes hormones n'ont pas pu faire leur travail comme elles auraient dû, ce qui a retardé la sortie du placenta. Le gynécologue est arrivé et a disputé la sage-femme qui ne m'avait pas fait de piqûre d'oxytocine. Je suis donc intervenue pour expliquer que c'était ma décision. Pour aider ce placenta à sortir, j'ai donc mis Loulou au sein. Finalement il sort après plusieurs poussées, je ne me rappelle même pas avoir poussé pour sortir le placenta à la naissance de Fifi. J'ai ensuite été recousu, encore une fois, une petite déchirure superficielle.

Avec le recul, je pense que j'aurais été plus confortable d'accoucher sur un tabouret d'accouchement puisque c'est ainsi que j'ai le mieux soulagé les contractions durant le travail, mais une fois arrivée en salle de naissance je n'étais plus en capacité de réfléchir à quoi que ce soit, et on m'a installé d'office sur le côté.


Si je devais avoir un autre bébé, même si j'ai adoré cet accouchement, qu'il était magique, j'aimerais vraiment que la physiologie soit respectée du début à la fin, ne pas devoir changer de salle, changer de vêtements, des éléments qui mine de rien perturbent la bulle de la maman… j'aimerais vraiment qu'on me laisse dans ma bulle du début à la fin, dans la pénombre, avec de la musique, des bougies, des massages, avoir quelqu'un pour moi du début à la fin parce que même si j'ai très bien géré toute seule, une présence, discrète, n'aurait pas été de trop.


La pédiatre vient faire les premiers soins à bébé et m'expliquer que puisque je suis sous traitement pour la tension oculaire, bébé sera sous surveillance particulière. Je m'étonne, je prends ce traitement depuis près de 15 ans et c'est la première fois qu'on fait ça à mon bébé. La pédiatre soutient que ça a toujours été le cas, bref, elle explique que le rythme cardiaque de bébé sera surveillé pendant 24 heures pour détecter une éventuelle arythmie et que toutes les deux tétées je devrais sonner la sage-femme pour qu'elle vienne piquer bébé pour surveiller sa glycémie. Alors je plaisante et je dis "autant que la sage-femme reste dans ma chambre parce que toutes les deux tétées ça revient vite", elle me dit "ah non non c'est toutes les 3h, les autres tétées ce sont des tétées de confort mais elles ne sont pas nourrissantes"... encore un professionnel de santé qui n'est pas formé à l'allaitement. Heureusement je suis informée, et même maintenant tri-allaitante, ce qui suscite l'admiration des soignantes. Je n'y suis pour rien pourtant, j'ai juste eu des enfants rapprochés, qui ne se sont pas sevrés.

Je n'ai pas mangé depuis le matin, j'ai faim. Après la surveillance des deux heures habituelles, je remonte en chambre, je me sens en forme, on m'apporte à manger. Guillaume passe l'après-midi avec moi et bébé puis il va chez ses parents où il passera la nuit avec les enfants, il sera ainsi plus près de la maternité. Moi j'en profite pour me reposer parce que je suis prête à assumer 3 jeunes enfants, je sais que dans quelques jours je retournerai à la maison, à mon quotidien, à ma vie, alors je profite de cette parenthèse rien qu'avec mon nouveau-né. Je me repose, je me couche tôt, je sais que cette nuit bébé sera calme et que la nuit suivante sera une autre histoire.


Le lendemain, Papa Ours arrive avec Riri et Fifi. Riri va tout de suite voir le bébé, il tombe tout de suite amoureux. Fifi n'a que 3 ans, je lui ai manqué, il tète encore beaucoup notamment la nuit donc il tète rapidement puis il va voir son petit frère. Il est moins démonstratif, j'espère qu'il ne sera pas jaloux mais je suis sûre que ça ira ❤️.



Merci de m'avoir lu, si vous avez aimé, n'hésitez pas à commenter, liker et partager 🥰


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