• Réjane Ferré

Un Ange est passé par là ...


Aujourd'hui je voudrais te partager mon expérience d'un sujet considéré comme tabou, et qui pourtant arrive, estime-t-on, lors d'une grossesse sur 5 : l'arrêt naturel de grossesse, communément appelé « fausse couche », qui n'a cependant rien de faux … Il me tient à cœur d'aborder cette épreuve, afin que tu saches que toi, ton amie, ta sœur, toutes les femmes qui le vivent ou l'ont vécu, ont le droit d'en parler, Si tu es en début de grossesse, ou si tu es passée par là et qu'il t'est encore difficile d'y penser, je te conseille de ne pas lire la suite, et de pourquoi pas découvrir mes autres articles, plus joyeux.



 



Début décembre 2014, lorsque Robin, notre premier enfant, avait environ 10 mois, papa Ours et moi avons eu un moment d'égarement, ce qui a conduit à un rapport à risque. Quelques semaines plus tard, suite à un retard de règles, je faisais un test de grossesse, et confirmais son résultat par une prise de sang : j'étais enceinte ! Un deuxième enfant était prévu, certes, mais pas si tôt ! Nous avons pourtant accueilli cette grossesse avec joie, et en quelques discussions la logistique était théoriquement réglée : les différents achats à prévoir, l'organisation etc.

Nous passions Noël avec la famille de papa Ours et la mienne, le premier Noël de Robin. Nous n'avons pas voulu dévoiler la nouvelle, trouvant cela trop tôt, formatés par la convention sociale qui veut que l'on attende 3 mois pour annoncer une grossesse. Il ne faudrait surtout pas mettre autrui mal à l'aise face à notre douleur, si un arrêt de grossesse devait se produire … Guillaume et moi nous échangions donc des regards complices, alors que j'évitais les verres d'alcool et les fromages crus …


Le 30 décembre au matin, j'étais seule à la maison avec Robin, Guillaume était au travail. Je me levais et allais aux toilettes, pour y découvrir avec horreur que j'avais perdu beaucoup de sang … suffisamment pour savoir intérieurement qu'il était trop tard pour y faire quoique ce soit … J'attendais alors le retour de Guillaume en début d'après-midi, pour pouvoir faire confirmer ce que je savais déjà auprès d'un gynécologue. Lors de la consultation, ce dernier déclara ne rien voir et me prescrivit une prise de sang pour confirmer la chute de mon taux HCG. Il n'a pas su me dire s'il s'agissait d'un œuf clair, ou d'un vrai bébé. Je m'effondrais en pleurs dans les bras de mon mari dans le couloir de l'hôpital, ce même couloir que nous avions traversé tellement de fois lors de la grossesse et de la naissance de Robin, qui avait été témoin de notre joie …

Mes parents habitant près de chez nous, nous avons ressenti le besoin d'aller nous y réfugier, pensant y trouver du réconfort. « Tant mieux, c'était trop tôt », tels ont été les mots que ma mère a lâchés, nous faisant l'effet d'un courant d'air glacial. Devant nos têtes atterrées, elle a tenté de se rattraper, arguant qu'elle avait compris à tort que j'avais cru être enceinte avant de réaliser que non …


Nous passions le Nouvel An dans la famille de Guillaume. Nous n'avons pas souhaité casser l'ambiance, et avons préféré attendre la fin des festivités pour annoncer cette grossesse et son arrêt. Il nous a été particulièrement été difficile de faire la fête alors que mon ventre, mon cœur, se vidaient. Parallèlement, être entourés de personnes joyeuses et aimantes nous enlevait un peu de notre peine.



Quelques mois plus tard, étant prêts, nous mettions en route une nouvelle grossesse, la troisième comme notre nouveau gynécologue le disait. J'ai toujours beaucoup apprécié qu'il prenne en compte cette grossesse arrêtée, la légitimant, légitimant notre perte, nos sentiments. Je consultais une kinésiologue, en espérant qu'elle pourrait soulager mes nausées de grossesse. La kinésiologie, si tu ne connais pas, est une technique psychocorporelle qui s'appuie sur la tonicité des muscles pour identifier des blocages physiques, psychiques, et des charges émotionnelles non évacuées. La kinésiologue identifia ma grossesse arrêtée, et là … les vannes se sont ouvertes ! Toutes ces larmes que je retenais depuis des mois coulèrent pendant près d'une heure, sans discontinuer. La kinésiologue me dit des mots que je n'oublierai jamais, auxquels je m'accroche depuis : « On a tous un temps à vivre sur Terre, certains d'entre nous vivent 20 ans, d'autres 80, d'autres encore quelques semaines dans le ventre de leur mère. Ce bébé vous a choisi pour être son foyer durant sa courte vie. ».




Lors des préparatifs du dernier réveillon du Nouvel An, une amie très proche a découvert sa grossesse, j'ai été très honorée d'en être la première informée, puisque j'avais été missionnée de lui trouver un test de grossesse, et que j'étais là lorsqu'elle a fait ce test, son conjoint étant encore au travail. J'ai accueilli son bonheur avec joie, tout en ressentant des sentiments ambivalents au vu de la période, sentiments que je gardais bien évidemment pour moi, mon amie ayant elle-même déjà traversé cette épreuve. Quelques jours plus tard, mon amie perdait malheureusement son bébé. Les similitudes avec mon expérience personnelle étaient perturbantes, j'espère avoir su la soutenir tel qu'elle en avait besoin.


Je pense encore régulièrement à ce bébé que j'ai perdu, sans certitude qu'il ait vraiment existé, avec beaucoup de tendresse et de mélancolie. A toi qui as vécu une perte, je partage ta peine, sache que tu n'es pas seule. On se moque des conventions sociales, souhaite-t-on réellement vivre dans un monde où on ne peut partager ses joies et ses douleurs ?!


J'espère que cet article aura pu t'apporter quelque chose de positif, si tu as besoin d'une oreille attentive, de réconfort, je suis là.

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